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Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

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Bulletin Septembre 2008. 

Geneviève et Michel Casenave au pays de l’oncle Sam (suite) puis au Canada et Alaska.

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Album Michel et Geneviève Casenave depuis les US et le Canada.
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Geneviève Casenave.Michel Casenave. Nous avons occupé notre premier mois aux E.U. à la visite classique des parcs de l’ouest américains et nous nous sommes gavés des merveilles de la nature sur des routes baignées de soleil jusqu’à San Francisco. Pour la seconde partie, nous avons suivi la côte ouest.

En quittant la Californie, tout en longeant vers le nord la côte pacifique, nous avons traversé le Redwood National Park et son « avenue des géants ». Pendant une cinquantaine de kilomètres, la route zigzague entre ces arbres à l’écorce rouge et au tronc tellement droit qu’on est impressionné par tant de perfection. Certains dépassent largement les 2000 ans et font plus de 100 m de haut. L’écorce, très épaisse, les protège du feu et le tanin qu’elle contient empêche l’invasion de moisissures et d’insectes. Leur seul ennemi est l’homme qui a détruit 95% de la forêt pendant la ruée vers l’or et la construction de San Francisco qui en découlait. Les 5% restant sont protégés ainsi que l’éco système environnant.

En direction du nord, la route 1, tortueuse et pittoresque, et la 101 bordent le littoral et offrent des points de vue sur des criques inaccessibles, des falaises rocheuses imposantes recouvertes de fleurs sauvages, des petits phares rouges et blancs solitaires, un brin romantiques (comme celui d’Heceta Head), de vastes dunes, ou encore des récifs colonisés par des lions de mer, des cormorans, des pélicans, des mouettes. C’est moins grandiose que Monument Valley, mais nous avons été agréablement surpris par la beauté sauvage de ce littoral.

On y trouve des petites villes qui ont gardé des demeures victoriennes comme Mendocino et des petits ports traditionnels pleins de charme (Newport, Astoria). Astoria, à l’embouchure de la Columbia River, a accueilli des pionniers descendant entre autres des vikings. Ils y retrouvaient en plus des paysages un peu semblables à leur pays d’origine, la pêche au saumon. Nous avons rencontré un de leur descendant, lui-même … pêcheur de saumon. Dans la rubrique « littéraire », nous avons trouvé un autre charme à Astoria : à la recherche d’une banque, nous avons choisi, tout exprès, la célèbre Wells Fargo, dont le nom est bien connu des amateurs de Lucky Luke. Son logo est toujours un vieux chariot de diligence, celui–là même que les frères Dalton aimaient attaquer. Malheureusement, dans la banque, le personnel ne connaissait pas Lucky Luke !

A cette période de l’année, les américains sont déjà en vacances et viennent camper avec leur gros trailers ou même avec de simples tentes. L’état, propriétaire des terrains, a empêché le développement de constructions privées et a créé des parcs qu’il gère lui-même. On y trouve autant de campings que l’on veut à des prix abordables, souvent royalement situés en bord de mer ou dans les forêts.

L’Oregon est le pays du pin douglas qui pousse haut et droit et dont la silhouette apparaît sur toutes les plaques d’immatriculation des voitures de l’état. Certaines forêts sont protégées et d’autres sont exploitées activement. D’innombrables camions chargés de troncs d’arbres foncent sur les routes, l’un deux nous a même poussé sur le bas côté, sans plus de manière, pour nous doubler.

Septième et dernier état de notre petit tour américain, celui de Washington. Pour changer des forêts, nous avons commencé par une visite du parc créé autour du volcan Mount St Helens. Sa dernière éruption, en 1980, un vrai cataclysme, a arraché 400 m du sommet, projeté des matières à 25 km de hauteur, nivelé des centaines de km² de forêts, changé le cours des rivières et tué une soixantaine de personnes. Transformé parfois en horrible sorcière, ce volcan redevient hypocritement une belle au bois dormant. Nous l’avons vu ainsi, tranquille et majestueux, fumant légèrement, sous le soleil, depuis un observatoire qui permet d’admirer l’intérieur du cratère. Tout est beau autour maintenant car la nature a repris ses droits, mais on aperçoit encore des troncs d’arbres couchés et des cendres. Deux ans après l’éruption, les animaux revenaient déjà, les fleurs commençaient à pousser, de nouveaux lacs et cascades accentuant la transformation des lieux. Le volcan a tremblé à nouveau en 2004…

L’attraction majeure de cet état est la péninsule Olympic, avec le sommet et le parc du même nom, qui nous a occupé une bonne semaine. Il a pour particularité de contenir des forêts anciennes et surtout des forêts tempérées humides et d’être classé réserve de biosphère. Des hivers doux et pluvieux (3,5 m de précipitation annuelle, excusez du peu) produisent des arbres géants (le sitka spruce, le pin douglas, l’érable) une profusion de fougères, de mousses et de lichens qui pendent des branches et lui donnent un air de forêt enchantée sous le soleil, ou fantomatique par temps de brouillard. La canopée laisse passer les rayons du soleil qui irradient les feuilles et les aiguilles et donnent des tons émeraude à couper le souffle. L’entretien du sous-bois est laissé aux élans.

Comme vous pouvez le constater, nous avons fait une abondante provision de chlorophylle et sommes sans doute devenus « evergreen » comme s’enorgueillit cet état. Tous ces parcs sont aussi fréquentés par des animaux sauvages peu visibles à part les biches. Mais la psychose n’est pas loin car les affiches nous préviennent à chaque départ de sentier : « attention, un ours agressif a été repéré dans ces lieux » (suivi de la conduite à suivre), ou « les élans chargent à une vitesse redoutable », ou bien « ici, une chèvre de montagne a attaqué des touristes » ou même « le couguar est timide, mais s’il a peur, il vous sautera à la gorge », ou encore « ne fuyez pas devant un puma, il vous prendra pour une proie ». Et nous ne parlons pas des buissons allergisants, des tiques, des branches de 2000 ans qui peuvent vous tomber sur la tête. Nous qui n’avions prévu que de l’anti-moustique, nous avons dû mettre la barre un peu plus haut… mais inutilement, car nous n’avons rencontré qu’un élan.

Il est arrivé, magnifique, au moment où l’on ne s’y attendait pas, broutant tranquillement la pelouse à côté du bâtiment des sanitaires dans notre camping ! Un ranger nous a rappelé qu’il faut garder ses distances car il peut charger. Nous nous sommes donc prudemment écartés et avons même fait un grand détour pour regagner Caraventure et nous installer à la table en bois de notre emplacement. Que croyez vous qu’il arriva ? Ce fut l’élan qui, dans notre campement, s’installa. Il se mit à brouter notre espace vital puis se coucha dans l’herbe à deux mètres de nous, tournant ostensiblement le dos. Nous avons pris l’apéritif avec un autre français de rencontre, un courageux voyageur à vélo, en compagnie de cet « invité » si mal élevé. Les autres campeurs regardaient de loin en pouffant et en prenant des photos. Au bout d’une demi-heure, il s’est finalement relevé et nous a quitté, après avoir copieusement arrosé notre pelouse, sans se retourner, un petit oiseau installé sur sa croupe…

Si nous n’avons aucun grief à l’encontre des animaux, nous en avons, par contre, à l’égard de certains de nos semblables. En effet, nous nous sommes heurtés à la très haute criminalité humaine, car nos fauteuils de camping, laissés sur les lieux pour réserver notre emplacement, selon l’habitude américaine, avaient disparu à notre retour. Et dire qu’Alcatraz est fermé !

Notre dernière étape dans ce parc fut Port Townsend, un charmant petit port rétro aux maisons de style victorien (on ne s’en lasse pas). On y trouve aussi une presqu’île nommée « Quimper » : ils sont partout ces bretons … Nous y sommes restés quelques jours pour régler en France des renouvellements d’assurance santé et de carnet de passage en douane. 9 heures de décalage : il fallait veiller tard, trouver un téléphone qui marche et quelqu’un qui décroche … pas simple comme affaire !

En plus, Michel s’est cassé une dent. Un charmant dentiste nous a reçu en urgence mais a refusé de « recoller » la couronne comme nous le lui suggérions naïvement. Il a proposé plus radicalement d’extraire la racine qui restait. Rendez-vous a été pris pour le lendemain. Michel a bien été un peu manipulé par le dentiste qui lui a fait signer une décharge … après l’avoir anesthésié… mais il a été bien entouré quand même : par l’intervenant qui lui disait « abrir la boca », Geneviève qui traduisait l’anglais de ce dernier quand son espagnol faisait défaut et l’aide soignante qui s’exclama « voala » triomphalement quand le morceau de racine fut extrait. Après 24 heures de compotes, Michel a repris goût à la vie. Geneviève en a profité pour aller chez le coiffeur. Elle en est ressortie avec une coupe à la Mireille Matthieu, ce qui n’était absolument pas de son goût…

A une centaine de kilomètres de la frontière canadienne, nous nous sommes brusquement souvenus que nous avions des produits frais dans le frigo, dont un SAUCISSON, et qu’ils ne seraient pas peut être pas autorisés à nous suivre. Un saucisson délicieux que nous avions trouvé après des mois de privation, il fallait faire quelque chose. Nous avons alors décidé de bifurquer (c’est beau la liberté) dans le dernier parc sur le chemin le « North Cascades N.P. » non prévu au programme. Encore des pins, des lacs, des torrents turquoise, un cadre tout à fait adapté pour savourer, comme il faut, nos dernières provisions. Nous y avons passé le 4 juillet, fête nationale, à l’abri des pétards. Mais on a trouvé le drapeau américain aussi bien sur les gâteaux en vente ce jour là , que dans les jardins de ces citoyens patriotes.

Caraventure s’est admirablement bien comporté. Il suscite toujours, à notre grand étonnement, l’intérêt des américains, et nous engageons souvent la conversation à son sujet. On le fait visiter, on descend le lit pavillon. Ça se termine immanquablement par le prix de l’essence qui monte toujours ici aussi, et l’euro trop cher pour eux qui les empêche de venir en Europe. Caraventure a fait des caprices au démarrage pendant quelques jours, jusqu’à ce que Michel resserre un boulon et cela a semblé le satisfaire. Brave Caraventure.

Nous avons franchi la frontière canadienne le 6 juillet à Abbotsford en Colombie Britannique. Quand on passe la frontière des Etats-Unis vers le Canada, on s’attend à ce que les étapes se déroulent « normalement ». Il n’en fut rien.

La première douane que nous ayons rencontrée était, à notre grande surprise, canadienne. Nous protestons : « Mais nous voulons d’abord quitter les US !». « Pas de problème, ici nous faisons tout ». On nous pose les questions traditionnelles (alcool, armes, argent…) et on nous dirige vers un bureau pour faire tamponner notre passeport. Mais l’agent canadien n’est pas compétent pour remplir le carnet de passage en douane de Caraventure. Il nous envoie chez ses collègues américains dont les bureaux sont dans le bâtiment juste derrière. Nous y allons à pied et expliquons notre affaire. « Nous voulons voir le véhicu-le ». « euh… il est au Canada » ; « cela ne fait rien, revenez avec »… Il y avait 50 mètres à faire, mais deux files de voitures passaient, à ce moment là, la douane américaine. Il a fallu faire la queue pendant une demi-heure pour nous présenter enfin avec Caraventure au poste US. « Nous allons au Canada » expliquons nous au douanier américain. « C’est de l’autre côté » réplique-t-il rigolard. « Nous le savons, mais vos collègues veulent voir le véhicule ». A nouveau des questions, des vérifications dans l’ordinateur et nous avons le droit de garer le camping-car et d’entrer dans les bureaux. Les douaniers présents ne sont plus ceux que nous avons vus la première fois ! Nous recommençons notre histoire. Ils regardent le véhicule par la fenêtre, de leur fauteuil, et remplissent rapidement le carnet, mais pour nos passeports, ils n’ont pas de tampon de sortie !! Nous insistons en vain.

Retour à la douane canadienne. Bien que nous soyons déjà passé une heure avant, nous devons répondre aux mêmes questions et gagnons ensuite le droit de retourner dans les bureaux. Nous obtenons un visa pour 6 mois, mais toujours pas de preuve que nous sortons du territoire américain. C’est à n’y rien comprendre, mais cela ne choque que nous. Et personne ne questionne pour savoir si nous avons des provisions ou des produits frais…

A Vancouver, nous avons un point de chute. Carl et Mary, membres de l’association dont nous faisons partie (Camping-car sur les routes de la soie et du monde) nous ont très gentiment proposé de nous garer devant chez eux. Ils habitent dans le beau quartier de West Vancouver et nous passons trois jours à nous faire chouchouter, ce qui est bien agréable. A peine la porte de Caraventure est-elle ouverte le matin que nous sommes invités à prendre café et muffins toutes chaudes. On nous laisse les clés de la maison, la télévision réglée sur une chaîne francophone, et on peut utiliser notre ordinateur. Nous avons besoin d’un garage Mercedes ? Ils en connaissent un et vont jusqu’à le contacter pour nous. Bref, un accueil formidable, à la canadienne. Carl et Mary savent à l’avance ce dont nous avons besoin car ils sont eux-mêmes allés en Chine en camping-car, ce qui n’est pas de la gnognotte.

Notre séjour a été bref à Vancouver (que nous avions déjà visité dix ans auparavant) car nous avons récupéré dès le lendemain de notre arrivée notre nouveau carnet de passage en douane, le premier n’étant valable qu’un an. Le Consulat de France nous a fort aimablement servi de boite à lettres. Nous avions envisagé un battement de 15 jours, que nous mettrons à profit pour visiter le Canada plus longuement que prévu.

Et nous voilà reparti, après cette superbe pause, vers le garage indiqué par Carl et Mary pour une révision générale et sérieuse de Caraventure. Situé en pleine campagne, à une heure de Vancouver, à Fort Langley, ce garage Mercedes est le rendez-vous des voyageurs allemands. « On le trouve par le bouche à oreille » nous dit Hans, le responsable, qui ne renie pas ses origines. Nous y rencontrons de grands bourlingueurs : un couple de suisses allemands depuis 11 ans sur les routes du monde dans un gros camion Unimog, une immense photo de vautour décorant tout l’arrière du véhicule (ça fait de l’effet !). Un autre allemand, parti depuis « seulement » 7 ans, bricole de son côté l’agrandissement de son camion.

Caraventure est tout petit au milieu de tout cela mais ne démérite pas : les résultats d’examen sont bons. Les freins sont même à 90 % dans leur neuf après 45 000 km de route ! Simple graissage et vidange et nous voici prêts pour de nouvelles aventures, au pays des caribous et des chercheurs d’or…

Nous avons remonté la Frazer Valley, en Colombie Britannique, jusqu’à Barkerville, un village reconstitué comme au temps de la ruée vers l’or avec des maisons en rondins, les commerçants et même le curé sont en tenue d’époque. Ce village porte le nom de Billy Barker qui le premier a trouvé les ressources aurifères de la région lors de la Cariboo Gold Rush en 1862. On peut acheter une bassine remplie de gravier, apprendre le geste pour faire ressortir les pépites et, de nos jours, on gagne à tous les coups ! Nous avons hésité un instant à nous reconvertir et rester ici pour arrondir nos fins de mois, mais Billy Barker lui-même est mort pauvre, alors…

Après cette mise en bouche, nous nous sommes dirigés à l’ouest vers Steward et Hyder, deux villages qui se touchent mais l’un est au Canada et l’autre en Alaska. Il y a deux raisons à cette visite. L’une, c’est la présence de magnifiques glaciers offrant des paysages spectaculaires et nous avons passé une nuit tous seuls, au pied du glacier Berenton, bien au frais. L’autre est la remontée des saumons qui reviennent du Pacifique pour pondre. Tout au long de ce difficile voyage en eau douce, ils ne s’alimentent plus. La femelle peut pondre pendant quinze jours d’affilée et ce sera la seule fois de sa vie. Elle enfouit ses œufs en creusant le fond de la rivière avec sa queue et le mâle, à côté d’elle, les fertilise au fur et à mesure. Après le devoir accompli, ils meurent. C’est un vrai cauchemar, d’autant que les ours les attendent de patte ferme. En effet, herbivores depuis le printemps, ces derniers ont besoin de protéines pour grossir avant d’hiberner et le saumon arrive à point. Donc ils en profitent pour se gaver. Nous avons vu un grizzly entrer dans un ruisseau en face de nous. Les quatre malheureux saumons qui étaient à l’œuvre (ce n’était que le début de la saison) ont filé comme des éclairs devant l’imminence du danger. Nous avons eu le plaisir de faire quelques photos du pêcheur, bredouille cette fois.

Ensuite nous sommes partis sur les traces de la « dernière aventure humaine de tous les temps ». Il s’agit de la ruée vers l’or du Klondike de 1898, qui a amené 30 000 hommes à Skagway. « Days of adventure, dreams of gold ». Le gouvernement canadien exigeait à l’époque que chaque homme emporte avec lui, pour rejoindre le Klondike et le Yukon, des provisions pour un an. On retrouve partout la même photo de ces hommes portant une caisse sur le dos, formant une chaîne humaine qui grimpe les pentes enneigées du col du Chilkoot pour rejoindre le nord. Les pierres tombales dans les cimetières témoignent de la jeunesse de ceux qui n’ont pas pu aller jusqu’au bout. Et quand ils y arrivaient, au bout d’un an et demi parfois, les concessions étaient attribuées depuis longtemps. Il ne leur restait plus qu’à se faire embaucher comme ouvrier ou à repartir vers d’autres rêves. Toutes ces histoires font partie du patrimoine culturel du Canada. Les sites sont maintenant bien restaurés sur la route et on nous explique en détail les prouesses que ces hommes ont accompli tant physiquement que techniquement : construction de milliers de bateaux de fortune pour traverser le lac Bennett, dégel du permafrost pour dégager l’or du sol gelé, construction de voies ferrées, de routes, de dragues, etc.

Nous n’avions pas les excuses des hommes de l’époque, mais nous sommes quand même allés nous encanailler au saloon de Dawson et regarder les danseuses de cancan, les « Gerties », en buvant une bière « Yukon Gold » évidemment, mais en évitant soigneusement les tables de jeux et les machines à sous. Et puis nous avons visité la maison en rondins de Jack London, lui-même chercheur d’or à l’époque, en reconnaissance des plaisirs de lecture qu’il nous a donné dans notre enfance. Voici un extrait de l’introduction d’une de ses nouvelles, pour ceux qui n’ont pas peur avoir froid jusqu’aux os :
The land itself was desolation, lifeless, without movement, so lone and so cold that the spirit of it was not even that of sadness. There was a hint of laughter, but of laughter more terrible than any sadness, a laughter cold as the frost and partaking of the grimness of infallibility. A vast silence reigned over the land.

Notre aventure à nous fut d’aller au delà du cercle polaire arctique. Il faut pour cela suivre la Dempster Highway, la route en terre la plus septentrionale du monde, qui mène à Inuvik à 750 km de là. Elle traverse le Yukon pour rejoindre les Territoires du Nord Ouest, nécessite le passage de deux rivières en ferry, et n’est pas toujours facile par temps de pluie. Les avis divergeant sur l’état de la route, nous avons décidé d’aller nous rendre compte nous même. Il n’existe qu’une seule station service à mi-chemin et aucun village. Nous avons donc fait des provisions pour cette expé dans le Grand Nord !

Malgré les nids de poule et les passages glissants, nous avons pu faire le trajet en trois jours pour l’aller et trois jours pour le retour, sans crevaison et le parebrise intact. Et quelle récompense ! Photo inévitable au passage du cercle polaire par 66° 33’ de latitude nord.

Bivouacs en plein nature sauvage (la « wilderness ») au milieu de paysages magnifiques : forêts boréales surprenantes avec ces spruces étroits, vastes étendues de toundra, torrents innombrables qui clapotent doucement, nuits fabuleuses de l’arctiques aussi claires qu’en plein jour malgré le soleil qui se couche à minuit (et au nord, il fallait y penser), silence extraordinaire.

C’est l’été, des fleurs partout, pas de trace de neige et des températures de 12° et même 30° à Inuvik dont l’église a pourtant la forme d’un igloo … Alors il nous faudra revenir, car le grand nord doit se voir aussi tout blanc.

Nous pensions rencontrer des animaux sur cette route où l’on croise à peine quatre véhicules à l’heure. La chasse fut maigre : nous avons aperçu l’oreille d’un orignal, la patte d’un ours, des oiseaux effarouchés, des canards filant dans les herbes, des chouettes fonceuses, le derrière de quelques lapins … Par hasard, nous avons pu observer longuement un faucon qui ne voulait pas abandonner sa souris sur la route, cinq renards qui se disputaient un lapin et des lagopèdes des saules (genre de perdrix) bien mignonnes ma foi. Les caribous avaient pris leur quartier d’été en bord de mer de Béring, les chèvres de montagne ne sont pas venues boire l’eau minéralisée des torrents dont elles raffolent.

Pour le retour, le vent soufflait fort et nous avons dû attendre deux heures que le ferry accepte de nous faire traverser. Nous n’en menions pas large car la Peel River semblait bien énervée ce jour là. Mais nous sommes revenus sains et saufs, Caraventure couvert de boue, mais satisfait du travail accompli. Michel a enlevé au moins trente kilo de terre, collée dans les parechocs et au dessus des réservoirs, à la station de lavage située judicieusement à la sortie de la route. Il nous reste à réparer le voyant de l’ABS qui est au rouge et l’aiguille indiquant la température du moteur qui marche quand elle en a envie.

Tout au long de ce séjour au Canada, nous avons grandement apprécié la gentillesse des canadiens, leur humour (« ici nous avons deux saisons, l’hiver et le mois d’août »), leur ouverture d’esprit. Ils viennent d’abord nous questionner sur notre « roulotte » Caraventure, puis sur notre voyage. Ils nous donnent des conseils sur les routes, les coins à visiter, les précautions à prendre. Ils nous invitent chez eux, nous donnent leur adresse, nous mettent un mot sur le pare brise. Même dans les super marchés, il y a toujours quelqu’un qui vient nous demander si nous avons trouvé ce que nous cherchions ; dans le cas contraire, on nous conduit jusqu’à l’endroit exact du magasin où le produit se trouve. Une fois, nous passions à la caisse avec les deux dernières salades préparées que nous avions trouvées en rayon. La caissière ne les trouvant pas belles a quitté son poste pour aller dans l’arrière boutique nous en chercher deux autres toutes fraîches en disant simplement « c’est mieux comme ça » … C’est bien plaisant tout cela !

Ensuite nous avons quitté provisoirement le Canada pour l’Alaska, passant cette fois ci par un petit poste frontière isolé à Boundary, sur la route appelée modestement « Top of the world ». Tout s’est passé le plus simplement du monde : un premier douanier nous a interrogé, puis nous sommes allés dans le bureau devant un deuxième douanier qui nous avait déjà préparé une fiche en français pour notre prolongation de visa ! Il a même « décoré » notre passeport avec un gros tampon de caribou. Nous étions les deux seuls clients du moment, suivis par deux jeunes motards brésiliens, sur BMW, qui avaient mis seulement trois mois pour venir de leur pays jusqu’ici ! Ils ont exécuté devant nous une danse sioux pour fêter l’évènement. C’est beau la jeunesse.

Actuellement nous sommes toujours en Alaska où nous venons de fêter, le 16 août, notre première année de voyage avec Caravenure. Nous étions au fond du Parc Dénali, au milieu des ours et des caribous et avons savouré un merveilleux dîner de pâtes… et un gâteau au chocolat arrosé avec du Champagne Boucton. Nous ne sommes pas sponsorisés par la marque, mais c’est le champagne de nos amis que nous avons apporté de France et qui a parfaitement résisté à tous les mauvais traitements !

Nous savons que ce mail va arriver dans votre boite alors que vous êtes tous éparpillés en France ou dans le monde. Nous vous souhaitons beaucoup de soleil, de belles aventures pour les chanceux mais nous avons une pensée toute particulière pour les amis qui ont des soucis de santé, ceux qui ne partent pas et à ceux qui n’ont pas eu l’été qu’ils pouvaient espérer.

Mike and Genny

Site Casenave en Route.


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