Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

Nouvelle Zélande Octobre, novembre 2008
Neuvième pays visité, 62 500 km parcourus.
Alors que Caraventure traversait en 45 jours, comme un grand, le Pacifique du nord au sud, nous lui avons faussé compagnie en louant un autre camping-car pour visiter la Nouvelle Zélande.
Après avoir atterri à Auckland, à 7 heures du matin, en provenance de Vancouver, nous nous sommes rendus directement chez un loueur de camping-cars, Kea, repéré sur Internet.
Trois heures plus tard, le temps de le préparer car nous n’avions pas réservé, nous repartions avec notre Ford Transit, à destination du camping le plus proche.
Pas de folies en effet : ce sont nos débuts de conduite à gauche
– volant à droite, levier de vitesse à gauche, rétroviseur intérieur à gauche, priorité…à droite !
Nous nous arrêtons en chemin pour remplir le frigo. Après une étude minutieuse et réfléchie de la gestion du carrefour pour la sortie, nous reprenons la route.
Nous avons bien calé quelques fois avec un embrayage peu docile, mais nous sommes finalement bien arrivés dans notre premier camping, un bel endroit tranquille en bord de plage, au nord d’Auckland à Takapuna. Pas surprenant comme situation, car en Nouvelle Zélande la mer est partout.
Nous avons d’ailleurs pris tout naturellement un ferry le lendemain pour aller visiter Auckland. C’était plus direct.
Nous sommes au début du printemps ici. Il fait doux, les rhododendrons,
les camélias sont en fleurs –ici ce sont des arbres - avec de ci
de là des palmiers, des peupliers, des érables, des pins maritimes,
des saules. Un savant mélange un peu curieux.
Auckland est une ville très moderne, avec de hauts immeubles en
verre. Les habitants nous semblent grands, d’allure sportive, et ont
la désagréable manie de parler avec un accent. Ils le qualifient eux
même d’accent « kiwi » et Geneviève les fait répéter.
Très gentiment ils s’exécutent en haussant le ton, comme si, en plus
d’être étrangers, nous étions aussi atteints de surdité !
Au bout du troisième jour, nous nous décidons à quitter la ville, ce
qui signifie la traverser de part en part sur des voies rapides… Le
pilote comme le copilote sont un peu contractés, mais l’assurance
tous risques est rassurante.
Geneviève s’est également entourée d’une dizaine de cartes routières
jamais assez précises à son goût !
Finalement tout se passe bien. Au bout du troisième jour de conduite
du « mauvais » côté, Michel recommence à siffloter au volant,
l’embrayage file doux et le Ford Transit aussi.
Nous sommes bien habitués à notre Caraventure 2, plus petit que
l’autre, qui nous a quand même infligé quelques bosses, histoire de
nous faire prendre nos repères.
Nous filons dans une campagne verdoyante à la découverte de l’île
du nord. Les paysages sont formés d’une infinité de collines, elles
mêmes toutes bosselées.
Rien n’est plat. Les moutons et les vaches qui occupent toutes ces
prairies n’ont jamais les quatre pattes au même niveau. Pauvres
bêtes ! Mais l’herbe est rase, d’un vert incroyablement tendre et les
animaux semblent brouter sur de vastes terrains de golf. Une campagne
tirée à quatre épingles, un peu de Suisse, un peu d’Irlande,
un peu d’Equateur, nous sommes conquis par ce mélange.
Nous visitons une grotte à Waitomo dont la particularité est d’avoir
une voûte recouverte de vers luisants. Nous faisons le tour en barque,
dans le noir et petit à petit nos yeux découvrent, dans un silence
total, au dessus de nos têtes, comme une étrange voie lactée,
magnifique, immense. C’est un moment magique!
Nous sommes bouche bée. Personne ne parle. Nous prendrons
conscience plus tard, que des larves pendent au bout de fils gluants,
et, qu’une fois sorties de leurs cocons à l’âge adulte, elles volent
dans cet espace souterrain à la recherche de nourriture…
A l’extérieur, la végétation est luxuriante.
Nous faisons une randonnée à travers champs qui nous mène dans
une forêt de fougères arborescentes, avec des cascades partout,
des mousses qui pendent aux branches, des lichens : une forêt humide,
très humide. Nous savons qu’il pleut beaucoup en Nouvelle
Zélande et tout nous le rappelle.
L’île du nord est aussi volcanique et nous qui n’avons pu visiter
Yellowstone aux Etats-Unis, nous nous régalons avec la région de
Taupo et la merveille thermale de Wai O Tapu : fumerolles, geysers,
boue qui bout nous enchantent. Nous sortons indemnes de la
« grotte à soufre » fumante, du « cratère de l’enfer » bouillonnant, du
« bain du diable » à l’arsenic. Nous visitons encore, pour le plaisir,
deux autres sites semblables, très sulfureux et à forte odeur d’oeuf
pourri, mais les couleurs résultant de l’antimoine, de l’oxyde de fer,
du manganèse, de la silice etc. sont tellement belles à voir…
Nous prendrons ensuite un bon bol d’air purificateur en randonnant dans le parc national Tongariro, sous un soleil étincelant, pour arriver
au pied du volcan Ngauruhoe encore enneigé et du Mont Ruapehu,
qui se reflètent tous deux dans des lacs.
Ce sont des noms bien difficiles à retenir. D’autres sont plus amusants
comme Otématata, Takaka ou Motupipi, kaka étant également
le nom d’un joli perroquet. Nous sommes en effet en pays Maori et
la majorité des noms de lieu leur est due.
Nous avons déjà croisé des femmes au menton tatoué, des hommes
taillés comme des armoires à glace. Le musée d’Auckland
contient des trésors maoris comme une immense pirogue d’apparat,
des maisons en bois décorées somptueusement servant autrefois
de salles de réunion, ou des objets en jade…
Les nuits deviennent fraîches voire froides. Le soir nous sortons
notre petit radiateur électrique prêt à l’emploi pour que le plus courageux
des deux (c’est souvent Michel…) sorte bravement le bras
de la couette le matin pour le brancher.
Nous quittons les montagnes à temps pour éviter un méchant verglas
qui met les camions en travers de la route. Le ferry nous attend
pour passer dans l’île du sud. Le mauvais temps nous empêchera
de voir les côtes, mais ce n’est que partie remise.
En effet, nous allons faire le tour de l’île d’ouest en est, et nous
longerons pendant des jours des falaises en bord de mer de Tasman,
découpées, sauvages, un peu hostiles, sauf celles au sable
étonnement orange, adoucies par un courant marin chaud venu
d’Australie. La végétation de forêts humides un rien tropicales nous
surprend toujours sachant que nous sommes quand même dans les
40e rugissants.
Nous nous battrons d’ailleurs avec le vent sur le « Farewell spit »
ainsi nommé car Cook aurait dit en passant ici en 1769 qu’il reviendrait,
ce qu’il a fait en effet. Il est passé partout celui là. On lui doit
d’ailleurs une carte de l’île tellement précise qu’elle a été utilisée
pendant 150 ans.
Le Farewell spit est une digue naturelle de sable de 36 km déposé depuis des siècles. Un endroit sauvage et si beau qu’il nous retiendra trois jours. Le vent s’est levé tellement vite un jour qu’il nous a obligé à ranger nos appareils photos. Mais nous dégusterons nos barres de céréales croquantes de sable blanc, luxe qui n’est pas donné à tout le monde.
Mis à part Cook, il faut quand même dire que c’est le hollandais Abel Tasman qui est le premier européen à découvrir la Nouvelle Zélande en 1642 et que le français Jean François Marie de Surville naviguait dans les parages en même temps que Cook. Il s’en est fallu de peu que ce territoire ne soit français.
Un petit détour dans la région de Blenheim prouve d’ailleurs que ce
pays était fait pour nous. C’est une région de vignobles qui produit
des vins de haute qualité et nombreux sont les français venus s’installer
ici en apportant leur savoir faire.
Nous arroserons d’ailleurs notre repas d’anniversaire de mariage
avec un bon Pinot noir, petite revanche sur l’an dernier, pour ceux
qui nous ont suivis en Argentine…
L’île du sud est montagneuse. Une chaîne « alpine » aux neiges
éternelles la traverse. Dans chaque vallée on longe des lacs aux
eaux pures et de beaux glaciers. Certains reculent depuis plusieurs
siècles, mais le Fox glacier, lui, avance à nouveau depuis une dizaine
d’années.
Qui dit glacier, dit pluie. Dans cette partie de l’île les précipitations
sont parmi les plus importantes du monde : il tombe huit mètres d’eau
par an, de quoi rendre jaloux les Bretons. On dit ici qu’il pleut deux
fois par semaine, une fois trois jours et une fois quatre jours…
Ces glaciers ont façonné des fjords.
Deux d’entre eux sont accessibles aux touristes. Nous avons fait
une petite croisière de deux heures dans celui appelé Milford Sound.
En notre honneur, soleil et ciel bleu sans nuage ; c’est normal pour
nous qui sommes venus de si loin !
Nous avons pu observer, en plus du paysage majestueux, des espèces rares et endémiques comme les dauphins d’Hector et les
manchots aux yeux jaunes, que nous retrouverons d’ailleurs sur
d’autres plages.
Mais il est une espèce qui fait couler encore plus d’encre, c’est le
kiwi, véritable icône nationale. Il figure sur les pièces de monnaie
au même titre que la reine d’Angleterre. De la taille d’une poule
(le kiwi, pas la reine), il enfonce son long bec fin dans la terre pour
chercher sa nourriture. De couleur marron, pas d’aile ni de queue,
il n’a vraiment rien pour lui, le pauvre. De plus il vit la nuit et seuls
les noctambules ont la chance d’en apercevoir un furtivement. Nous
n’avons pas eu le courage de nous relever pour lui.
Tout est bizarre chez cet animal : la mère pond un oeuf énorme
proportionnellement à sa taille – comme si une femme mettait au
monde un bébé de 19 kg ! L’oeuf prend tellement de place dans le
corps de la malheureuse kiwi qu’elle ne peut même plus avaler le
moindre vermisseau avant la ponte.
Ensuite c’est le père qui couve (c’est la moindre des choses, on
peut comprendre qu’elle soit exténuée) et cela va l’occuper 80 jours.
L’espèce est en voie d’extinction car des prédateurs venus d’Europe,
comme la belette, sont friands de ses oeufs.
Nous avons visité un laboratoire qui fait éclore les oeufs de kiwi et
qui remet les « poulets » dehors quand ils pèsent un kilo, tout ceci
à coup d’énormes subventions, pour une centaine de kiwis par an
seulement mais c’est là que nous aurons l’occasion d’en voir de
près.
Après être passés au point le plus au sud de l’île, situé à mi-chemin
entre le pôle sud et l’équateur, nous avons encore pu observer des
lions de mer et des otaries à fourrure qui viennent se reposer sur
des plages désertes.
L’attraction est aussi le manchot bleu, le plus petit manchot du
monde, qui rentre le soir après une journée de pêche en mer pour
rejoindre son nid, les albatros avec leur trois mètres d’envergure, en
période de nidification également.
Nous avons rencontré aussi des pukekos (poule bleue), des wekas
(poule marron), des keas (perroquets qui viennent arracher le
caoutchouc des pare-brises...), le tui (oiseau bleu au chant si varié)
qui sont typiques de la Nouvelle Zélande, des cailles de Californie...
Dans les lagunes, nous avons observé des hérons au long
cou… des spatules royales, des cygnes noirs, des huîtriers pie.
Sans oublier bien sûr une espèce plus courante et omniprésente,
les moutons.
On en compte dix par habitant, ce qui en fait 40 millions, autant dire
qu’on en a vu partout. La période d’agnelage étant juste terminée,
les brebis étaient accompagnées chacune de deux agneaux bien
mignons.
Un dernier petit tour dans la montagne pour observer de près, façon
de parler car nous sommes restés en bas, le mont Cook, 3754 m, le
sommet majestueux le plus haut de l’île qui s’est offert par chance
sur fond de ciel bleu, se reflétant dans un lac turquoise.
On vient s’entraîner ici pour préparer les ascensions dans l’Himalaya,
sur les traces d’Edmund Hillary, enfant du pays qui figure, lui,
sur les billets de banque.
Une belle surprise nous attendait encore dans la Banks péninsula.
Ce sont des colons français qui ont fondé une communauté à Akaroa
en 1840, huit jours après que l’île soit devenue anglaise. Il en reste
un village pittoresque, dans un cadre à couper le souffle (un ancien
cratère de volcan occupé maintenant par la mer) avec des maisons
anciennes, le drapeau tricolore flottant partout, des noms de rues
comme la « rue jolie », la « rue renard », la « rue cachalot », la « rue
Pompalier » ou encore la « rue Viard » (c’est pour Evelyne).
Et puis, il a fallu regagner Christchurch, la ville où nous devions
laisser Caraventure 2 et prendre l’avion pour Brisbane en Australie
où un autre monde nous attend pendant trois mois environ. Inutile
de préciser que nous avons été conquis par ce pays kiwi, ses paysages,
ses habitants, ses animaux sauvages, alors que ce n’était pas chose facile après les beautés que nous avions découvertes
en Alaska.
Un seul regret, nous n’avons pas rencontré de supporter de l’équipe
de rugby des All Blacks alors que nous étions dans leur pays : c’est
un comble. Pratiquement toutes les personnes interrogées préféraient
un autre sport. Il paraît que la saison est terminée et qu’aucun
match important n’aura lieu avant l’année prochaine. Sans doute
n’avons-nous pas rencontré les bonnes personnes !
Nous allons maintenant nous retrouver en plein été, avec 40° souvent, alors nous aurons bien sûr une pensée pour vous qui voyez arriver l’hiver sans trop de gaîté de coeur et nous essaierons de vous envoyer un peu de notre soleil dans notre prochaine newsletter. Avec notre amitié et nos remerciements pour votre assiduité qui nous aide beaucoup,
Enjoy !
Michel et Geneviève Casenave.
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