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Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

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Bulletin Mai 2009. 

Marie-Odile et Jean-Pierre Pillot visitent l’Inde. (Suite)

Jean-Pierre Pillot. Bénarès à Dijon.

La route après Bénarès est difficile. Un passage à niveau nous prendra une heure et demie tant les indiens sont indisciplinés. En Europe, nous nous arrêtons derrière le véhicule qui devant nous sur la même file. Les indiens se mettent sur quatre files de chaque côté des barrières : je ne vous dis pas quand la barrière s’ouvre ! Un camion est en panne presque à la barrière : le moteur est sur le sol, chemises et pistons sont démontés ! Un homme frotte un cylindre avec un papier de verre !...

Khajurâho : nous parquons à l’hôtel Rahil pour 90 INR par personne. Nous avons aimé ce parc archéologique regroupant une dizaine de temples magnifiques égayés de sculptures érotiques et où des arbres agrémentent une pelouse bien entretenue.

          
          

Puis, nous atteignons la ville fantôme et superbe de Orchaa où des palais, des temples ont été laissés à l’abandon au XVIII siècle.

Voici maintenant la citadelle imposante de Gwalior, abandonnée, elle aussi.
L’hôtel Lauries nous accueille à Agra. Il est tard pour aller voir le Taj Mahal. Allons voir le Fort Rouge.

A la sortie de l’Hôtel, plusieurs rickshaws se présentent. L’un d’eux nous aborde dans un anglais correct. Nous y montons.
Discussions pour le prix.
Puis, il indique :
« J’ai de nombreux amis en France qui sont venus à cet hôtel »
«Etes-vous Ali »
« Oui »
Il nous présente son livre d’or et exhibe la lettre que Christiane Dumas a rédigée pour lui !
J’avais en effet supputé qu’il était le rickshaw cité par Christiane dans son compte-rendu. J’avais vu juste. Il a été fort étonné.
Il nous conduit partout dans Agra.

Le lendemain, ce fut l’émerveillement du Taj Mahal.

          
          

Route vers Dehli et arrêt à Fathepur Sikri.

Arrivés à Delhi, nous décidons d’aller directement au garage Mercédès, qui avait accueilli Christiane et Jacques en panne d’embrayage en 2007, de façon à faire une vérification et la vidange avant le retour.
Bon accueil, nous resterons là pendant tout notre séjour. Pourtant, les allées qui jouxtent l’ambassade d’Iran et Nehrou Park sont plus calmes et les CC ont l’habitude de s’y retrouver.

Nous y rencontrerons un britannique avec un énorme MAN. Son épouse et un enfant ont rejoint la mère patrie par avion. Le Royaume uni n’accepte pas que l’Iran délivre des visas aux sujets de sa gracieuse majesté !
Il ne peut embarquer son véhicule sur un cargo et ne peut le laisser en Inde !
Il envisage donc de rejoindre le Népal pour y parquer le véhicule plusieurs mois, retourner en Grande Bretagne pour gagner quelque argent pour sa famille et rapatrier le véhicule. Bonne chance.

Un couple de Belges rencontré à Agonda Beach est lui aussi en partance pour le Népal.

Des Allemands, rencontrés à Agra, sont dans la même situation que nous : ils ont leurs visas pour le Pakistan et attendent leurs visas pour l’Iran. Ils partiront pour l’Allemagne en même temps que nous.

        
        

Le lendemain, nous allons à l’ambassade d’Iran pour nos visas. Le fonctionnaire nous demande une lettre d’accréditation de l’Ambassade de France.
Consternation !
Nous y allons. Au guichet de l’accueil, un fonctionnaire très froid nous indique que l’ambassade ne délivre plus cette lettre depuis un an. Je demande un RV. Il me passe le combiné par l’ouverture de son guichet fermé et un fonctionnaire, du fond de son bureau me répète la phrase de son subalterne !
« Puis-je être reçu par Monsieur le Consul ? »
« Madame le Consul vous recevra dans une heure »
Il raccroche sans me demander mon nom ni me proposer d’entrer !
J’ai mal à ma France. J’ai beaucoup de crainte de ne pas avoir le visa !
Retour à l’ambassade d’Iran.
Nous remplissons les documents proposés et les donnons avec nos passeports et photos; après quelque attente à un fonctionnaire aimable derrière un guichet ouvert.
« Ah ! Français ! »
Il regarde de plus près, s’attarde sur le visa du Pakistan : « Je le soumets à vérification ».
Il disparaît avec les documents et revient.
D’interminables minutes après, les documents sont ramenés.
Il nous appelle et nous indique que c’est OK. Il nous suffit de régler le montant par l’intermédiaire d’une banque. OUF !
Deux jours après, lorsque nous venons les reprendre, le même fonctionnaire ne retrouve pas nos passeports !
Décharge d’adrénaline ! Y a-t-il un nouveau problème ?
Enfin, ils sont retrouvés avec les visas en bonne et due forme !
Nous pourrons revenir par voie de terre ! Nous échappons au shipping qui nous aurait entraîné beaucoup de complications et coûté fort cher !

  NDLR : On ne savait pas que les Sikhs pouvaient sortir sans turban !
<br />Sans doute un touriste qui veut faire croire que...  
            

Dehli nous a offert la visite de son Fort Rouge, de sa mosquée Jama Masjid, de Chandi Chowk, l’artère commerçante du vieux Dehli et de quelques tombeaux.
J’ai apprécié particulièrement l’ambiance entourant le Dargah de Nizam- Ud-Din, tombeau d’un maître soufi, où chanteurs et musiciens entraînent la foule fervente à la prière.

En une journée et demie, nous atteignons la Bandari Guest House d’Amritsar, la ville frontière avec le Pakistan. Nous y retrouvons le couple d’Allemands.
La frontière n’ouvre qu’à 10 heures.

Après celle-ci, nous choisissons de prendre la route la plus facile pour atteindre l’Iran qui consiste à descendre vers le Sud après Lahore via Sukkur.
La route est bonne au début. Puis, nous arrivons sur des routes défoncées par les crues de l’Indus. De nombreuses tombes récentes sont visibles dans les villes et villages.
A Sukkur, l’eau est encore haute de 10 cm dans la rue pendant plusieurs dizaines de mètres lorsque nous traversons l’Indus.
La route s’améliore une cinquantaine de kilomètres plus loin en direction de Quetta.

Nous abordons la montagne et les paysages prennent de l’ampleur, magnifiés par le soleil et l’absence de smog omniprésent dans la plaine.
Près du col qui conduit à Quetta et qui nous approche de la frontière afghane, nous recherchons un poste de police pour le bivouac de la nuit. Sur la droite, un mur d’enceinte protège quelques bâtiments occupés par des policiers. Nous y pénétrons. Les policiers semblent embarrassés.
« Pouvons-nous passer la nuit ?»
Le oui hésitant est long à venir. Nous promenons le chien. Un premier policier nous rattrape en indiquant qu’il ne faut pas sortir du camp. Un second vient nous demander des renseignements…
Quelques minutes plus tard, un autre policier nous demande de partir :
« votre présence risque de nous faire attaquer »
« Où voulez-vous que nous allions ? Il est tard »
« A Quetta »

Après une tentative auprès d’un autre poste, nous voici à Quetta. Il fait nuit.
Nous demandons le poste de police. Les policiers sont fébriles. Notre présence ne les arrange visiblement pas.
Un officier finit par nous autoriser à stationner dans la rue juste sous le poste de police. Du balcon, des hommes en armes veillent.
Nous promenons Oural.
« Non, non ne vous éloignez pas ! ».
Vers, 10 heures trente, des coups discrets à la porte. J’entrouvre. Un officier supérieur qui se présente comme le responsable de la police du district de Quetta me pose quelques questions et se retire.
Vers minuit, des coups plus forts nous réveillent. Un officier nous demande de déplacer le CC de cinquante mètres pour qu’il ne soit pas visible de la rue.

            

Le lendemain, nous quittons Quetta très tôt. Toujours des contrôles (où nous notons que nos amis Chazel nous précèdent de quelques jours).
A l’un d’entre eux, l’officier nous demande d’attendre.
Quelques minutes plus tard arrive une moto. Le pilote et le passager portent une arme en bandoulière et nous invitent à les suivre. Ils nous accompagnent pendant une dizaine de kilomètres dans ces gorges magnifiques.
Nous retrouvons notre lieu de bivouac de l’aller où les policiers beaucoup plus décontractés que leurs collègues nous reconnaissent avec plaisir.

La sortie du Pakistan se déroule sans difficulté sauf une petite escroquerie au change au marché noir.

L’entrée en Iran est plus difficile.
« Attendez la police ».
Les formalités (passeport et carnet de passages en douane) sont accomplies et nous attendons toujours dans le hall.
Enfin, un jeune militaire se présente, nous demande nos passeports et nous invite à le suivre.
Il se dirige vers le CC et demande à monter en disant : « escorte ».
Il fait monter deux autres militaires qui manifestement font du stop pour aller à Zahedan.
Sans gène, il manipule les guides, la radio, le GPS. Je lui demande de ne pas toucher. Il est un peu surpris, mais obtempère.
A Zahedan, il nous emmène vers un poste de police et disparaît à l’intérieur avec nos passeports.
Je me manifeste au bout de quelques temps à la recherche des passeports.
Je finis par les retrouver. Ils vont d’une poche à l’autre.
Une heure après environ, nous voilà partis derrière un pick-up 4X4.
Nous allons d’un poste de police à l’autre…
Finalement, nous quittons Zahedan en suivant un Xème pick-up avec trois militaires lourdement armés dans le poste de pilotage et trois autres. Un vingtaine de kilomètres plus loin, nous arrêtons à leur suite derrière un autre pick-up qui prend le relai en récupérant les passeports et en signant une décharge à l’escorte précédente.
Nous allons vivre ce manège une vingtaine de fois !
Les escortes roulent parfois lentement, parfois très rapidement.
De temps à autre, nous assistons à des scènes de fouilles en règle des véhicules iraniens.
Lors de l’un de ces relais, un policier nous fait signe de ne pas nous arrêter. Ceci est logique compte tenu des performances des véhicules.
Dix minutes plus tard, le pick-up n’est pas visible dans le rétroviseur. Je m’arrête. Et là nous vivons neuf minutes exactement de vraie angoisse jusqu’à ce le véhicule nous rejoigne et que le chef d’escorte nous montre nos passeports. Les policiers ripoux existent et des passeports occidentaux se monnayent à prix d’or dans ces pays.
A l’arrivée à Bam, les policiers nous conduisent vers une guest house et nous rendent nos passeports.
Ouf !

Le lendemain, le pneu avant droit du camion est dégonflé !
Le laps de temps nécessaire au changement de roue (nous rentrerons à Dijon sans réparer) permet aux policiers de nous rejoindre et de nous reprendre nos passeports !
Le rodéo reprend. A un changement d’escorte, un policiers nous dit « terroristes, criiii » en passant son index sur son cou de manière évocatrice !
Enfin à environ cent kilomètres de Bam, un policier nous rend nos passeports. Mais l’escorte n’est pas terminée pour autant.
Un peu plus loin, dans le, désert, sur la route bordée de gravier grossier, le pick-up d’escorte vire brusquement à droite hors de la route. Nous continuons tout droit.
Ouf, c’est terminé !
Et bien non, un autre pik-up blanc et vert nous rejoint. Ce sera l’avant dernier. Le suivant nous fait signe de continuer seuls.
La route se poursuit sans encombre.

            

Le lendemain, vers le soir, nous continuons sur l’autoroute qui s’éloigne du tracé de l’ancienne route.
« Arrêtons-nous à la prochaine sortie ! ».
Après un kilomètre, la route asphaltée s’arrête ! Demi-tour.
Le village suivant n’est pas très sympathique avec son drapeau noir et son jeune autochtone appuyé contre qui ne bouge pas d’un cheveu à notre arrivée.
« Allons plus loin ».
Nous ne trouvons pas la sortie indiquée plus loin !

Nous voici dans un col à près de deux mille mètres d’altitude. Il fait nuit et il neige. La voie de gauche est couverte.
Enfin la descente !

Nous voici enfin à Bastan Abâd qui nous avait accueilli à l’aller.Etant partis tôt et nous étant arrêtés tard, nous avons parcouru 1100 kilomètres aujourd’hui !

Lors du passage de la frontière irano-turque, un douanier iranien, alors que tout était validé tente de nous extorquer quelque argent.
« Les délais du visas de transit ne sont pas respectés »
« Si trois jours et cela a déjà été vérifié »
« Où est le papier que l’on vous a donné à la frontière en entrant ? »
« Nous n’avons pas eu de papier »
« Bon, on peut arranger cela »
« Il n’y pas d’arrangement nous sommes en règle »
Il abandonne la partie et nous voici en Turquie.

Toute la pesanteur, due à cette omniprésence policière ou à la promiscuité, disparaît.
La courtoisie, le sourire, le sens du service sont de retour.
Nous sommes presque à la maison.

Il est quinze heures. Nous avons franchi plusieurs cols sur des routes détériorées par un hiver rigoureux. Une neige fine, chassée par le vent ne tient pas sur le route. Nous sommes à mille sept cent mètres d’altitude et le prochain col à deux mille trois mètres.
Arrêtons-nous.
Agri est beaucoup plus enneigée que la route.

Le lendemain, à six heures, un centimètre de neige fraîche couvre la rue.
Nous partons. La route internationale est complètement dégagée. Espérons qu’elle le sera jusqu’au sommet. Notre espoir est récompensé. La neige disparaît du bord de la route environ cinq cents kilomètres avant Istanbul.
Nous la retrouvons en Hongrie, Autriche et Allemagne. Des ballets de chasse-neige maintiennent des conditions de circulations acceptables.
Elle disparaît à la frontière française.

Le 6 mars à 16 heures, nous sommes de retour à la maison.

Jean-Pierre et Marie-Odile Pillot


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